Qu'est-ce que l'Approche Narrative ?
L'Approche narrative est une thérapie du raconter.
Pierre Blanc-Sahnoun
Origine et fondements de l'Approche Narrative
L’Approche narrative s’enracine dans le travail thérapeutique de Michael White (thérapeute familial Australien) et de David Epston,son ami (thérapeute et intervenant psycho-social Néo-Zélandais). Cette approche résolument postmoderne s’inscrit dans une perspective constructiviste et systémique.
Elle repose sur l’idée que nous sommes des êtres narratifs : nous nous racontons des histoires sur nous-même, les autres et le monde pour nous définir et donner du sens à l’existence. Si l’identité se fait et se défait par le récit, alors la personne n’est jamais réduite à une seule version d’elle-même : elle dispose toujours d’une palette de récits divers pour se redéfinir et rester auteur de sa vie. Nous sommes multi-histoires et rien n’est écrit une fois pour toutes !
L’Approche narrative considère donc que l’identité est une construction sociale, relationnelle et mouvante, façonnée par le langage et le temps.
L’Approche narrative est aussi une philosophie en action ! En effet, elle doit à Bourdieu, l’idée de contexte élargi (habitus); à Derrida l’idée de déconstruction à travers son concept de “différance” qui met en avant que toute énonciation se formule dans un contexte; à Michel Foucault l’idée du lien entre discours et pouvoir et la notion d’histoire dominante ou encore le concept d’internalisation des normes dominantes que Michaël White a détourné en externalisation du problème; à Deleuze, Bourdieu et Foucault surtout la remise en cause du “moi” profond non comme un “je suis” mais plutôt comme un “je deviens”.
Elle se nourrit aussi d’autres concepts issus de l’anthropologie, de la sociologie ou encore de l’éducation populaire. Elle se veut un système ouvert et en perpétuelle évolution.
Principes de base et particularités
- Le refus d’un diagnostic pathologisant : Elle ne cherche pas à étiqueter le problème ni à enfermer la personne dans une catégorie (ex. “dépressif”, “timide”, “borderline”). Le diagnostic est souvent perçu comme un “récit dominant” qui sature l’identité du patient.
- Le déplacement de l’expertise : Le praticien narratif abandonne la posture de “l’expert qui sait et interprète” au profit d’une posture décentrée mais influente. C’est le patient qui est l’expert de sa propre vie.
- Une vision non-internalisante : Contrairement à d’autres approches qui cherchent le problème à l’intérieur de l’individu (conflit psychique inconscient, distorsion cognitive), l’Approche narrative considère que le problème est extérieur, nourri par des discours socioculturels. Elle le considère comme une entité narrative qui a recruté la personne et qui l’empêche d’accéder à d’autres récits de soi.
- Un accompagnement décentré et influent : le praticien narratif n’est pas un expert qui conseille ou cherche à mettre en conformité avec les standards de la santé mentale la personne qui le consulte. Il adopte une posture de non-sachant et pose des questions influentes. Il restitue les fines traces de l’identité préférée qui émerge lors des conversations narratives. Il agence sous une forme “littéraire” les mots qu’ils a sauvés et qui témoignent de la position choisie par la personne redevenue auteur de sa vie. Il est un explorateur et documentaliste qui aide la personne à s’émouvoir de ses ressources, à les reconnaître et à s’y appuyer pour quitter le tragique qui l’enfermait.
La pratique narrative des Réveilleurs d'histoires
Chez les Réveilleurs d’histoires l’Approche narrative renoue avec ses fondements philosophiques. Nos accompagnements, tant écrits que conversationnels, interrogent métaphysiquement les chemins de vie qu’empruntent les personnes qui nous consultent.
Notre pratique est profondément politique car elle résiste aux autoroutes du business et engagée car elle revigore les personnes et communautés qui se sentent invisibilisées ou fragilisées par rapport aux normes dominantes.
Nos questionnements se tissent à partir de métaphores originales qui ouvrent la narration sur des expériences de vie souvent insoupçonnées, rendant riche le récit de soi. Nos démarches s’appuient également sur des ressources littéraires où le romanesque fait écho à la part héroïque de chaque vie.





