Ecrire avec le carnet de vie

Un carnet à histoires

Voilà déjà plusieurs années qu’au sein de notre collectif des Réveilleurs d’histoires nous proposons des expérimentations littéraires aux personnes que nous accompagnons. Notre particularité est de croiser, de mailler les conversations narratives avec la démarche du recueil de récits de vie. Ces deux démarches procèdent d’une même intention : faire raconter des histoires de vie pour en faire émerger le sens qui les tisse, qui donne cohérence à l’existence des personnes qui se racontent.

Après m’être formée à la “biographie augmentée” avec P.Blanc Sahnoun, j’ai vraiment eu envie d’approfondir la chose et de mettre en place un processus d’accompagnement que j’ai appelé « carnet de vie » en résonance avec d’autres pratiques narratives qui honorent la face scintillante d’une vie.

Le carnet m’a tout de suite séduite parce que bon nombre de personnes qui viennent à nos ateliers en apporte un, et puis c’est une pratique culturelle qui fait échos à différentes périodes de la vie où l’on tient un carnet qui aide à concentrer réflexions, textes poétiques ou encore démarches créatives diverses. Et puis, un carnet c’est personnel et en même temps on peut se le passer et s’en servir comme médiateur dans une conversation écrite qui relie.

Écrire dans un carnet est une pratique culturelle répandue : du carnet de poésie qu’on s’échange à l’enfance en passant par le carnet intime que l’on tient adolescente jusqu’au carnet de réflexions et autre journal créatif qu’à l’âge adulte on utilise comme moyen de recentrage, tenir dans un cahier le concentré d’une vie est souvent salutaire.

Un processus de biographie augmentée

Ecrire c’est toujours ré-écrire ! 
 
Dans le processus d’écriture d’une biographie augmentée, il s’agit avant tout d’ouvrir la première version du texte appelée “version chenille” – expression héritée de Pierre Blanc Sahnoun- pour la faire grandir, l’enrichir et pourquoi pas adopter un autre point de vue.
A l’instar d’une réalité augmentée, ce premier récit de soi peut servir de “pré-texte” à d’autres narrations s’il est interrogé dans ses non-dits, ses implicites. Il peut être déconstruit, remanié afin qu’une nouvelle version de soi puisse s’en dégager tel un beau papillon !
 
Dans ce processus, la personne accompagnée écrit dans son carnet la narration “chenille” qui sera questionnée par le praticien pour permettre l’écriture d’une nouvelle version un peu différente voire totalement revisitée. Cela se passe en séance ou entre les séances. D’une conversation orale à l’écrit, le mouvement est une invitation à explorer, papillonner et choisir la version la plus riche et préférée. La version qui met en mouvement !
 

Ecrire à deux !

Cette version de soi remaniée est le fruit d’un dialogue, d’une co-construction. En effet, le praticien narratif non seulement dialogue avec la personne accompagnée mais il ne peut échapper d’une part à son dialogue intérieur -qu’il met à distance pour rester décentré et influent- et d’autre part, à ce qui s’échange lors de la séance. C’est pourquoi, il est aussi le témoin extérieur de ce qui s’élabore dans l’interaction. 

Dans le carnet de vie, il y a donc place pour l’écriture du praticien-témoin qui y dépose ses retours. Le carnet de vie devient ainsi le réceptacle d’une documentation narrative qui soutient, renforce et augmente la biographie choisie qui s’écrit au cours de l’accompagnement. 

Ce processus est créatif et l’écriture peut y prendre des formes très variées. Il ne s’agit pas d’écrire une biographie classique mais des morceaux de vie choisis et illustrés par l’expérience. Il s’agit de soutenir la vie pour aller de l’avant.

La biographie augmentée c’est ajouter de la vie à la VIE.