Une thérapie littéraire
“C’est la plus merveilleuse description que l’on puisse faire des pratiques narratives. Nous faisons une thérapie du texte, et nous faisons confiance au texte pour faire la thérapie de la personne.
Nos histoires ne sont pas des comptes-rendus d’une réalité objective extérieure à nous-mêmes, nos histoires produisent la réalité dans laquelle nous vivons ainsi que les personnes que nous sommes.
Si nous sommes des romans, lorsqu’on améliore le texte, on améliore la vie !
La vérité, c’est qu’il n’y a que du texte”, nous dit Pierre Blanc-Sahnoun.
Accompagner avec l’Approche narrative, c’est donc être à l’écoute du texte que nous livre la personne accompagnée.
Mais qu’est-ce qu’une histoire ?
La métaphore littéraire nous apprend qu’une histoire ce sont :
- des événements,
- reliés entre eux en séquence,
- à travers le temps,
- autour d’un thème.
Les êtres humains sont des êtres de sens et d’interprétation. Les histoires que nous racontons sur nous-mêmes et nos relations, ou que d’autres nous contraignent à adopter sur nous-mêmes et à tenir pour “vraies”, sont créées en reliant entre eux certains événements pour en faire des séquences organisées dans le temps. C’est ce que le philosophe Jérôme Bruner appelle des péripéties,
Nous nous débrouillons pour attribuer du sens à ces séquences organisées, d’ailleurs nous passons notre temps à donner du sens à notre vécu. C’est ce sens qui détermine le thème de l’histoire. Nous avons tous à notre répertoire des récits de réussites, d’échecs, de bonheurs, de tristesses, d’amusement ou d’ennui…
Plus nous rajoutons d’anecdotes à la séquence, plus l’histoire s’enrichit et le thème devient consistant, les péripéties accumulant autant de preuves du thème. Je suis nul et je peux le prouver ! Plus l’histoire s’étale dans le temps, plus elle se consolide et se stabilise. Un roman, ce sont des personnages, des événements, des intrigues, articulés en chapitres, autour d’un thème, le thème se trouvant souvent dans le titre : “A la recherche du temps perdu”, “Les liaisons dangereuses”, …
De même que dans un roman de qualité plusieurs intrigues se déroulent en même temps, notre histoire de vie se déroule, elle aussi, à de multiples niveaux.
De fait, nombre d’histoires possibles se déroulent en même temps et à partir d’un même événement. On pourrait raconter des histoires différentes, car il n’existe aucune histoire vierge de toute ambiguïté, de toute contradiction. Une grande partie de l’expérience vécue est retenue dans le filtre de l’histoire dominante et n’a jamais été représentée, jamais été racontée.
Michael White posait l’hypothèse que certaines histoires dominent au point de ne plus laisser d’espace à la personne pour qu’elle puisse mettre en scène ses récits préférés. Ce sont donc ces aspects de l’expérience en dehors du thème dominant qui pourraient conduire à une histoire de vie différente, souvent préférée, pour peu qu’on leur donne vie au cours de conversations ayant pour but de les fertiliser.
"Nous posons l’hypothèse générale que les gens rencontrent des problèmes… quand les narrations dans lesquelles leur expérience est transformée en histoire, que ce soit par eux ou par d’autres, n’est pas une représentation suffisante de leur vécu et que, dans ces circonstances, des aspects importants de leur expérience vécue vont contredire ces narrations dominantes".
Michaël White
Le sens que nous donnons aux événements reliés en séquence à travers le temps ne vient pas ex-nihilo. Il y a toujours un contexte constitutif : genre, femme ou homme, classe sociale, race, couleur de peau, socio-culture, orientation sexuelle contribuent largement à façonner le thème de notre histoire dominante.
Notre travail de praticien narratif consiste donc à déconstruire les récits dominants et sclérosants et à ouvrir des portes vers des narrations plus riches et pleines de rebondissements de vie.





