Et si la question n'était pas : "où voulez-vous aller" mais "quelle histoire est en train d'émerger" ?
Et si, en coaching, nous n’avions pas toujours besoin de connaître la destination pour commencer à avancer ?
En coaching narratif, le processus d’accompagnement suit le vent de l’inattendu, de l’inexploré. Il s’agit de remettre en mouvement un récit de soi qui va parcourir des territoires identitaires parfois abandonnés, parce que jamais racontés.
La question n’est donc pas tant : « Où voulez-vous aller ? »
Mais plutôt : « Quelle histoire est en train d’émerger ? »
Capter le vent de l’inattendu
Si son identité est bloquée, la personne a besoin de s’ouvrir à d’autres possibles afin de choisir les actions qui consolideront la personne qu’elle souhaite redevenir.
L’espace narratif s’ouvre à elle pour oser dire le rêve de soi qu’elle porte en elle.
Tout reste à raconter, à découvrir.
Le début d’un coaching narratif consiste donc à lancer l’histoire, à la déclencher.
La question peut être très large au départ :
« Qu’honorez-vous en venant à cette séance ? Racontez-moi… »
L’histoire n’en est pas moins guidée par un questionnement ciblé.
Car suivre le vent ne signifie pas naviguer sans direction.
Plus que du vent, une carte de questionnement narratif
Le questionnement narratif est au centre de l’approche.
Une fois l’histoire déclenchée, le praticien narratif suit le vent de la narration. Les histoires racontées en réponse aux questions construisent progressivement la carte qui aidera le coaché à tracer sa route.
C’est ainsi qu’il finira par savoir où il va, et par s’installer dans son histoire préférée.
La puissance des questions narratives tient notamment au fait qu’elles se servent du langage et des métaphores du coaché, mais aussi à leur capacité à le faire voyager dans son vécu.
Les questions font revivre pour faire dire.
Car ce qui n’est pas raconté n’existe pas.
Les histoires émergentes permettent au coaché de prendre position, de poser ses propres choix.
En reconstruisant ses histoires personnelles, il modifie sa vision de l’avenir. Il peut ainsi impulser la direction et le sens dont il a besoin pour réaliser son potentiel et atteindre les objectifs qu’il se fixera, réaliser ses aspirations profondes.
Le coach narratif est un guérisseur d’histoires. Sa spécialité est d’explorer la manière dont les personnes relationnent avec leurs histoires.
D’où l’importance d’affûter ses questions.
« Les questions narratives puissantes ont le pouvoir de faire pivoter le discours d’un client dans une direction plus positive et utile. » précise David Epston.
L’histoire de Robert : « Je dois tourner la page »
Robert vient de perdre son emploi.
Lors de la première séance, il annonce :
« Je dois tourner la page. »
Cette phrase semble anodine.
Pourtant, elle contient déjà une histoire.
Elle présuppose que l’entreprise était dans le vrai et que Robert a eu un rôle passif dans cette histoire. Elle semble lui indiquer qu’il n’a plus qu’à tout oublier, à passer à autre chose, à rebondir.
Mais que se passerait-il si le coach narratif s’arrêtait sur cette métaphore de la « page » ?
Plutôt que de chercher immédiatement avec Robert comment « tourner la page », il peut la questionner.
La métaphore devient alors un déclencheur de récits alternatifs.
Quelques questions pour ouvrir l’histoire
- Quel serait le titre du chapitre où figure cette dernière page à tourner ?
- Quelle en est l’histoire ?
- Qui vous a aidé à l’écrire ?
- Quelle est sa place dans le livre de votre vie ?
- Qui en est l’auteur ? Le co-auteur ?
- Qu’aimeriez-vous garder de ce chapitre ?
- Qu’aimeriez-vous barrer sur cette dernière page ?
- Qu’aimeriez-vous ne plus jamais écrire ?
Ces questions ne cherchent pas à conduire Robert vers une réponse prédéfinie, à le faire rentrer dans le rang et à tourner la page !
Elle l’invite à raconter autrement ce qui lui est arrivé.
Quand la métaphore ouvre une autre histoire
La qualité hypnotique de la métaphore va aider la personne à revivre sa situation afin d’y débusquer les fines traces d’un récit alternatif.
Replonger dans ses ressentis, ses émotions, ses façons d’agir, c’est aussi permettre à la personne de prendre position et de rectifier ce qui n’était pas ajusté à son désir d’agir.
Le coach narratif entre dans l’histoire du coaché. Il danse le tango avec ses mots, incite et étoffe les récits alternatifs.
Dans le cas de Robert, il sera important de lui faire narrer ce qui, dans son travail, était vécu sereinement parce qu’en lien avec les valeurs qui le portent.
Faire émerger des anecdotes riches peut ainsi ramener à l’esprit la satisfaction d’un travail bien accompli, la qualité d’un climat relationnel, ou encore d’autres éléments à reprendre dans son histoire à venir.
Comme le dit encore David Epston :
« Le processus thérapeutique le plus puissant que je connaisse est de contribuer au développement d’une histoire riche. »
Alors, faut-il cibler l’objectif ou tracer le chemin ?
Le coaching narratif se distingue du coaching « classique » par son intention.
Il n’y a aucun objectif à poursuivre dans un processus conversationnel narratif, si ce n’est celui de permettre à la personne coachée de découvrir de nouvelles formulations narratives pour se raconter, agir et devenir auteur de sa destinée.
Aucune cible n’est à atteindre, car aucun chemin n’est préétabli.
La route est tracée au gré des « récits de soi » du coaché.
L’influence du coach narratif réside dans sa capacité à poser des questions suffisamment curieuses pour « histoiriser » la vie du coaché et lui donner une vision nouvelle de sa capacité à tenir la plume de son histoire de vie. En le rendant à son tour “curieux” de lui-même, en “exotisant” ce qui lui semblait sans importance, le coach narratif aide de façon influente son coaché à faire des choix éclairés.
Le chemin ne disparaît donc pas parce que l’objectif disparaît.
Il change de nature.
Il devient un chemin qui se découvre au fil du récit, des questions, des souvenirs, des métaphores, des valeurs et des histoires alternatives.
Et peut-être est-ce précisément ce qui permet à la personne de retrouver sa capacité à choisir.
La fin d’un coaching narratif pourrait alors être :
« Voici l’histoire dans laquelle je veux m’engager et je la raconte, en me positionnant comme auteur. »
Il ne s’agit plus seulement de savoir où aller.
Il s’agit de pouvoir prendre la plume pour écrire la suite.





